Les « misérables » de Corée
par Pascal Ory Lire, juillet 2009 / août 2009, L’étincelle. L’ange de la rue (t. 2) Choi Ho-cheol, Park Tae-ok VERTIGE GRAPHIC
Le manhwa coréen est, comme le manhua chinois, en plein essor, affranchi des codes les plus rigides du manga : c’est bien le moins pour un pays qui, après quarante années de colonisation japonaise, se bat victorieusement pour faire entendre une voix artistique originale. L’étincelle est un roman graphique de grande ampleur - on annonce quatre volumes, de plus de cent cinquante pages chacun - qui s’attache aux pas d’un héros de la gauche coréenne, Jeon Tae-il. Ce jeune ouvrier s’est immolé par le feu en 1973 dans l’enceinte de son usine, pour protester contre les conditions de travail. Sans le lyrisme de Hugo, on est bien dans une histoire de « misérables ». Le père Jeon est un tailleur déchu, alcoolique et violent, qui empêche ses quatre enfants de poursuivre leurs études. La mère, aimante et brisée, ne peut pas éviter à la famille de partir à vau-l’eau, mais son sacrifice confère au jeune Tae-il, indestructible et irrémédiablement blessé, l’énergie du désespoir. Le récit est simple et complexe à la fois, le dessin de Choi Ho-cheol, vif et fluide. Du réalisme social propre et sans bavure, comme on n’en fait plus guère en Occident.
180 pages. Prix : 24 €