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Par son parcours militant et intellectuel, José Peirats (1908-1989) fut l’une des figures les plus marquantes de l’anarcho-syndicalisme espagnol de son temps. Ouvrier briquetier, il se syndiqua à la CNT à l’âge de quatorze ans, s’initia à la lutte sociale sous la dictature du général Primo de Rivera, fréquenta les prisons, collabora à divers titres de la presse libertaire et rejoignit le comité de rédaction de Solidaridad Obrera, mythique quotidien de la CNT de Catalogne, dont il fut, de 1934 à 1936, le directeur en titre. Pendant la guerre civile, il s’illustra par ses opinions franchement hostiles à la collaboration des anarchistes au gouvernement de Front populaire et, au lendemain de l’offensive contre-révolutionnaire de mai 1937, il intégra la 26e Division, ex-colonne Durruti, sur les fronts d’Aragon et de Catalogne. Après la défaite, il fut interné au camp du Vernet d’Ariège et, en décembre 1939, parvint à embarquer pour l’Amérique latine. Il s’installa en France en mars 1947, au moment où la CNT se scindait en deux organisations rivales : l’une, dite « collaborationniste », majoritaire en Espagne, réitérant la stratégie d’unité antifasciste adoptée pendant la guerre ; l’autre, dite « apolitique », majoritaire en exil, prônant le retour aux principes de base de l’anarcho-syndicalisme combattant. Cohérent avec lui-même, il prit partie pour la seconde, dont il fut élu secrétaire général, entre 1947 et 1950, mais aussi directeur de l’un de ses deux hebdomadaires, CNT, édité à Toulouse, ville où il résidait. Au début des années 1950, il entreprit, sur commande de son organisation, de se lancer dans une histoire critique de la CNT durant la révolution espagnole, somme qui sera éditée en trois volumes, entre 1951 et 1953, par la CNT et qui demeure un des principaux ouvrages de référence sur le sujet. Esprit rebelle aux pratiques de contrôle bureaucratique, il s’opposa aux « immobilistes » de son propre camp et démissionna de la CNT en 1965 ; dès lors, il consacra l’essentiel de ses énergies à l’histoire. Par sa richesse d’analyse et sa diversité d’inspiration, son œuvre écrite le place au premier rang des « intellectuels » libertaires de son temps. Au début des années 1960, Peirats entreprit de s’atteler à une version synthétique de "La CNT en la revolución". La tâche se révéla d’autant plus ardue qu’il ne voulait pas se contenter de simples coupes et dut repenser l’architecture complète de son travail. Le résultat, remarquable, fut à la mesure de l’effort. Il fallut attendre une trentaine d’années pour que cet ouvrage essentiel connaisse une traduction française. Parue en juin 1989, aux Éditions Repères-Silena sous le titre Les Anarchistes espagnols : révolution de 1936 et luttes de toujours, elle coïncida presque avec la mort de son auteur. Les Éditions Libertalia rééditent ce titre épuisé depuis longtemps, qui demeure le seul livre de Peirats disponible en langue française.

Une longue et riche préface (« José Peirats, une évocation ») a été rédigée pour l’occasion par Freddy Gomez, animateur de la revue bibliographique "À contretemps".


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