Le syndicalisme britannique, le premier de l’histoire, commence réellement à se développer quelques années après l’écrasement des luddistes, qu’on réduit souvent à des briseurs de machines, soit vers 1830, en même temps que son cousin, le mouvement démocratique-radical du chartisme. Bien que de nombreuses passerelles relient les deux mouvements, ils obéissent à des logiques différentes. Ainsi se dessine dès l’origine la formule typiquement sociale-démocrate qui laisse aux possédants la direction de l’économie et de l’Etat et relègue le syndicalisme à la seule négociation salariale, dans le cadre donc du système existant. Cette étude monumentale des deux dirigeants de la Fabian Society, parue en 1897, est la première du genre. Elle est riche d’informations, malgré son parti pris réformiste qui oppose schématiquement deux périodes : celle des débuts, généreuse mais inefficace ; et celle de la maturité, laborieuse mais rentable à long terme. C’est du moins ce qu’il semblait encore aux ouvriers anglais à la veille de la guerre de 1914-18.