Ce pamphlet du père de Sherlock Holmes a été rédigé lors d’une campagne internationale menée au début du XXe siècle contre l’exploitation des Congolais par Léopold II, le roi des Belges. Les plantations d’hévéas qui profitent du développement des utilisations du caoutchouc, vont engendrer l’un des systèmes d’exploitation les plus cruels de l’Histoire. Pendant vingt années, les indigènes vont être forcés par la terreur d’aller récolter la sève de cette maudite plante. Plusieurs millions d’entre eux y laisseront la vie, assassinés, affamés ou rendus malades. L’opinion mondiale retint surtout ces clichés d’enfants aux mains coupées, celles que les tirailleurs de la Force publique ramenaient aux officiers blancs pour prouver qu’ils n’avaient pas gaspillé leurs cartouches. Tout comme à cette époque Félicien Challaye, secrétaire de Brazza lors de son inspection menée sur la rive " française " du Congo en 1905, Doyle se réclame d’un colonialisme soucieux de l’ " amélioration de la condition des races indigènes ", et peut-être plus encore de la " liberté du commerce ". C’est-à-dire, dans sa conception, celui que pratiquaient les Anglais - oubliant la quasi-extermination des premiers Australiens - et, dans une moindre mesure, les Français, bien qu’ils eussent adopté l’essentiel du système léopoldien dans leur colonie congolaise, où le pillage des ressources caoutchouteuses, quoique moins abondantes, était aussi intense.