En septembre 1944, un étrange cortège quitte le sud de la France en direction de l’Allemagne, escorté par quelque cinq cents miliciens. Camions remplis de dossiers, voitures chargées de ministres avec leurs familles : le gouvernement de Vichy en déroute part pour Sigmaringen. La petite ville de Souabe, 6000 habitants, est déclarée territoire de l’État français. Au château des Hohenzollern, un gouvernement d’opérette déploie drapeaux et fanfares. On hisse le drapeau tricolore. Y sont également établies les ambassades allemande, italienne et japonaise. 500 miliciens de la franc-garde et un bataillon de 700 soldats en uniformes français entourent le château. Le ministère de propagande de Sigmaringen dispose de 200 collaborateurs, un journal "LA FRANCE” et un programme radio "ICI LA FRANCE". Pendant ce temps, 4000 collaborateurs et leur familles, accueillis comme "Invités du Reich", survivent tant bien que mal dans les hôtels ou dans les baraquements de l’armée, souffrant du froid et de la faim, victimes de maladies et des attaques aériennes des Alliés. Louis-Ferdinand Céline, qui a suivi Pétain à Sigmaringen, décrira ces mois de décadence politique et humaine dans son roman "D’un château l’autre".